Interview de Marie-Christine Nozain, co-fondatrice de l’association Mam’ensolo

Marie

Mon histoire commence à Bruxelles en 1994 au cours d’un colloque « l’Europe et les enfants de la procréatique », avec l’intervention de Luc Roegiers, pédopsychiatre à l’Université catholique de Louvain, intitulé du « droit à l’enfant » à la « responsabilité procréative ».

C’est grâce à l’ouverture d’esprit et à l’esprit de tolérance de la société belge que je suis aujourd’hui mère.

Je suis Marie, mère d’un fils de 21 ans.

J’ai créé en 2004, Graines d’amour, le premier forum d’entraide pour les femmes qui ont choisi la PMA ou l’adoption pour devenir mères. En France en 2007, la presse commence à s’intéresser à nous : parution d’un article dans le magazine « Elle », invitation à l’émission Les maternelles, publication de l’ouvrage « Un bébé toute seule » écrit par Guillemette Faure, correspondante du Figaro à New York. En 2010, la sociologue Dominique Mehl écrit dans le Nouvel Observateur : « la loi n’a pas à dire qui peut devenir parent ». En 2013, nous apparaissons publiquement sur une page facebook. En 2018, je participe à la création de l’association Mam’ensolo qui représente les mamans solos par choix.

Le blog de Mam’ensolo : https://mamensolo.wordpress.com/
Facebook : https://www.facebook.com/association.mamensolo
Twitter : https://twitter.com/MamEnsolo

Interview

  • Peux-tu nous présenter l’association Mam’ensolo ?

Mam’ensolo est née en juin 2018 de la rencontre de 4 mamans déterminées appartenant à des groupes et forums de soutien aux mères célibataires par PMA. Nous avions en commun le projet de rendre visibles les (futures) mères solos dans les médias et de faire entendre notre voix pendant la révision de la loi de bioéthique.

Afin de faire changer le regard de la société sur notre projet parental, nous témoignons auprès de nombreux médias : BFMTV, Cnews, France 2, Le Monde, La Croix etc. ainsi que des médias étrangers comme CNN ou la BBC, et de nombreuses radios.

Nous avons été reçues par le Comité Consultatif National d’Ethique (CCNE). A l’initiative du professeur Delfraissy, président du CCNE, Anne-Sophie Duperray, l’une de nos co-fondatrices, a été conviée à un dîner à l’Elysée sur la PMA pour Toutes, en présence du Président de la République. Nous avons été auditionnées par le Conseil d’Etat, la Mission d’information sur la révision des lois bioéthiques de l’Assemblée Nationale, la commission spéciale pour la révision du projet de loi bioéthique à l’Assemblée nationale et au Sénat.

Nous sommes actuellement plus de 190 adhérentes et nous avons plus de 1 000 membres de soutien.

  • Es-tu favorable à l’accès aux origines ? C’est-à-dire à permettre aux adultes issus d’un don qui en feraient la demande, d’obtenir des données sur le donneur ?

Mam’enSolo est satisfaite de la mesure principale du projet de loi de bioéthique, consistant à n’autoriser le don que pour les personnes acceptant la diffusion de leurs données identifiantes.

  • Si l’actuel projet de loi bioéthique est adopté, cela permettra aux femmes célibataires d’avoir accès à la Procréation Médicalement Assistée. Es-tu favorable à cette mesure ?

Evidemment, toutefois nous regrettons vivement le refus du législateur d’autoriser la PMA « post-mortem » : il nous semble particulièrement étrange de refuser à une femme d’utiliser les gamètes, voire l’embryon de son époux décédé (et qui aurait accepté au préalable cette possibilité) et de lui permettre ensuite d’utiliser les gamètes d’un inconnu.

  • Dans le cas des couples hétérosexuels qui bénéficient d’un don de spermatozoïdes, ce sont les médecins qui choisissent le donneur (le médecin note les caractéristiques morphologiques du père et essaye de réaliser un appariement avec le donneur).
    Dans le cas d’une femme seule, es-tu favorable à ce qu’elle puisse faire savoir ses préférences concernant les caractéristiques morphologiques du donneur ?

Nous demandons de ne pas imposer l’appariement : il peut être proposé, mais il nous semble important de ne pas l’imposer, notamment dans le cadre d’une femme demandeur d’origine non caucasienne, pour lesquels les donneurs sont encore très rares. Il est aussi très rare que les femmes choisissent de n’avoir de relations intimes qu’avec des hommes ou des femmes de même type ethnique que le leur. Pourquoi alors leur imposer la couleur de peau et le phénotype de leur enfant ?

Aucune décision concernant le corps humain ne peut être prise sans le consentement d’une femme, en particulier en ce qui concerne les droits sexuels et reproductifs. A titre personnel, j’estime que toutes les femmes, célibataires ou en couples, et leurs conjoint(e)s doivent être informées des caractéristiques morphologiques des donneurs.ses de gamètes ou d’embryons. Il serait scandaleux, et contraire aux droits sexuels et reproductifs que je défends, que des médecins se substituent aux futurs parents pour effectuer ce choix à leur place.

  • Es-tu favorable au don dirigé ? C’est-à-dire permettre qu’une femme célibataire vienne dans un CECOS avec un ami qui serait volontaire pour lui faire don de ses gamètes.

J’ai connu, comme animatrice de forum, des femmes célibataires qui n’avaient pas les moyens matériels ou le temps disponible pour faire des PMA à l’étranger qui ont effectivement sollicité des couples amis ou de leur famille, pour un don de sperme. C’était aussi un moyen de créer un lien particulier avec des personnes qui restent dans l’environnement affectif proche de leur enfant. Ces situations sont assez rares à ma connaissance.

Pour moi, il s’agit de pratiques d’ordre privé qui ne relèvent pas de la mission confiée aux CECOS par la loi. En France l’un des piliers de la loi de bioéthique est l’anonymat du don qui ne pourra, dans la future loi, être levée que pour les enfants issus d’un don de gamètes. L’association Mam’ensolo n’a pas interrogé ses adhérentes sur cette question.

  • Serais-tu favorable à ce que dès la naissance d’un enfant issu d’un don, la mère puisse avoir connaissance des antécédents médicaux du donneur ?

Chez Mam’ensolo, nous n’acceptons pas d’attendre 18 ans pour que nos enfants aient accès à leurs antécédents médicaux. Il est nécessaire d’accorder les mêmes droits à la santé pour tous les enfants : connaître en temps réel les pathologies diagnostiquées aux donneurs depuis leur don, transmettre des informations médicales utiles aux pédiatres et médecins. Ce qui impose la tenue à jour des risques génétiques, et si possible des antécédents médicaux, dans le dossier des donneurs et, en miroir, dans le dossier médical de l’enfant (via le DMP ou toute autre solution pertinente).

  • Serais-tu favorable à ce que les mères ayant bénéficié d’un don de gamètes aient accès à certaines données non identifiantes du donneur ? Et si oui, lesquelles ?

A titre personnel, car l’association Mam’ensolo n’a pas pris de position sur ce sujet, oui je serais favorable car cela permet d’humaniser le donneur, d’avoir une meilleure communication avec les enfants quand ils posent des questions sur les donneurs et donneuses de gamètes (si on a recouru aussi à un don d’ovocyte), peut-être de comprendre certaines particularités des enfants (on parle de « don » pour la musique par exemple). La liste des informations non identifiantes prévues dans l’actuel projet de loi me semble convenable.

  • Dans d’autres pays (Australie, USA, etc.), il est arrivé qu’une mère célibataire ayant eu un enfant par PMA avec don, réalise un test ADN sur son bébé afin de retrouver le donneur qui s’est avéré être un homme célibataire. Ce fut le coup de foudre entre eux et ils finirent par se marier.
    Si cela devait arriver un jour en France, tu verrais cela comme une belle histoire ou plutôt comme un cauchemar ?

Comme une anecdote pouvant faire l’objet d’un roman Il me semble d’ailleurs qu’il a déjà été écrit : « Le choix d’une vie » d’Alia Cardyn. Cela ne m’a jamais fait personnellement fantasmer. Les mamans solos que je connais n’ont pas eu à faire de tests ADN. Elles ont obtenu sans trop de difficultés des photos du donneur de leurs enfants par le biais des couples de parents inscrits sur les « donor sibling registry » qui sont courants aux Etats-Unis, comme il existe en France des associations de parents d’enfants adoptés. Au final, elles ont en général été assez déçues. Elles l’imaginaient beaucoup mieux physiquement ! On peut penser que c’est le regard de l’amour maternel que nous portons sur nos enfants qui fait toute la différence et que nos enfants sont si beaux … Mais les mamans considèrent qu’on doit la vérité aux enfants s’ils demandent à voir les photos.

  • Que penses-tu de l’actuel projet de loi bioéthique ?

La future loi de bioéthique est une avancée majeure. C’est pour moi une grande joie de voir notre démarche reconnue par la loi, et surtout la légitimité de nos enfants reconnue par la République Française. Pour exister bien, un enfant a besoin de connaître ses racines, mais surtout que ses parents soient acceptés par la société où il vit.

Nous te remercions pour toutes ces réponses

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